À l’écoute de la ville

Lorsqu’on pense aux bruits d’une ville, c’est le plus souvent la pollution sonore qui nous vient à l’esprit: circulation, chantiers, sirènes des services d’urgence, foules. Et si les sons d’une ville pouvaient aussi être agréables ou, à tout le moins, gérés de sorte à améliorer la qualité de vie de ses citoyens? C’est l’objectif de Ville sonore, un projet mené par Catherine Guastavino, professeure à l’École des sciences de l’information, en collaboration avec de nombreux partenaires, dont la Ville de Montréal.

Qu’est-ce que Ville sonore?

C’est un projet par lequel nous tentons de repenser le rôle du sonore dans la ville de manière un peu plus proactive. En générale, on ne pense au sonore que lorsqu’il y a un problème et c’est souvent trop tard. Notre objectif, c’est de voir comment on peut intégrer les considérations sonores tout au long du processus de planification et d’aménagement urbain de sorte à agir en amont, en travaillant en étroite collaboration avec les citoyens, les urbanistes et la Ville.

Comment éviter les problèmes de bruit dans une ville, un lieu qui est, par définition, bruyant?

Du bruit dans la ville, il y en aura toujours. On peut essayer de réduire certaines sources de bruit désagréable, mais l’idée est davantage de réfléchir à la vocation d’un lieu et de voir comment l’ambiance sonore peut venir renforcer cette vocation. Il s’agit de mieux comprendre les attentes des usagers pour pouvoir mettre en avant les sons appropriés aux activités envisagées, et minimiser les sons qui le sont moins. Ça peut parfois passer par l’ajout de sources sonores, comme une fontaine dont le bruit peut aider à se détendre, tout en masquant les bruits de circulation.

N’est-il pas paradoxal de vouloir créer des lieux agréables dans une ville en y ajoutant plus de son?

Le premier projet, mené avec le Plateau-Mont-Royal, remonte à 2015; c’était dans le parc du Portugal, à l’angle de la rue Marianne et du boulevard Saint-Laurent. Dans plusieurs parcs de la ville, il y a des kiosques à musique qui ne sont plus très utilisés. On voulait voir si on pouvait leur donner une deuxième vie en y installant des haut-parleurs en libre-service où les citoyens pourraient brancher leur guitare ou leur téléphone pour écouter de la musique. En ajustant les niveaux sonores pour qu’on entende bien dans le kiosque, mais pas trop à l’extérieur, on a pu montrer que les gens trouvaient le parc plus convivial et tout aussi calme, et y restaient plus longtemps. Notre installation a attiré de nouveaux utilisateurs, sans pour autant déranger les habitués. C’est vraiment ce projet qui a permis à la Ville de constater qu’on pouvait rajouter certains bruits ou certains sons, appropriés bien sûr, pour améliorer la qualité de vie des citoyens. Et depuis, on travaille avec eux.

Peut-on s’inspirer de ce qui se fait ailleurs ?

En Europe, il existe des directives en matière de zones calmes. Nous collaborons avec l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal pour voir comment intégrer ce concept à Montréal, notamment dans les ruelles vertes, pour les rendre plus agréables sur le plan sonore. Souvent, les arrêtés municipaux interdisent l’installation de systèmes de ventilation ou de pompes à chaleur du côté de la rue, qui est déjà très bruyant. Ces appareils – et le bruit qu’ils produisent – se retrouvent donc à l’arrière des immeubles. On pourrait imaginer que les ruelles vertes bénéficient d’une dérogation aux règlements municipaux afin d’éviter cette situation. Ce serait une manière de s’assurer qu’il y ait une meilleure adéquation entre les environnements visuel et sonore dans ces lieux que nous essayons de créer.

Doit-on changer la réglementation municipale pour améliorer l’ambiance sonore de la ville?

La réglementation en place a peu évolué depuis les années 1970 et, dans certains cas, elle aurait avantage à être actualisée. Prenez le Quartier des spectacles. Pour l’ensemble des événements avec musique amplifiée qui y sont présentés, on doit obtenir une dérogation aux arrêtés municipaux, puisqu’en temps normal, il est interdit de diffuser de la musique amplifiée dans l’espace public. Une fois l’exemption obtenue, il y a peu de règles à suivre. Nous entamons un projet de recherche dans ce secteur afin de bien comprendre les attentes et les besoins des festivaliers qui le fréquentent et des citoyens qui y habitent. Les résultats devraient nous permettre de formuler des recommandations afin de moderniser le cadre réglementaire régissant ce genre d’événements, qu’ils aient lieu dans ce quartier ou ailleurs, qui attirent beaucoup de visiteurs, mais qui peuvent parfois importuner les riverains.


En photo: Ville sonore, un projet mené par Catherine Guastavino, professeure à l’École des sciences de l’information, en collaboration avec de nombreux partenaires, dont la Ville de Montréal, vise à intégrer les considérations sonores tout au long du processus de planification et d’aménagement urbain. L'été dernier, le groupe a notamment travaillé sur un terrain au 962 avenue Mont-Royal Est.
Crédit : Christine Kerrigan