Des archives personnelles de Jean Drapeau à l’Université McGill

L’Université McGill a récemment fait l’acquisition de plusieurs documents personnels de Jean Drapeau, des écrits qui permettront de comprendre un peu mieux sa carrière qui a profondément marqué Montréal et l’histoire politique du Québec.

C’est Christopher Lyons, bibliothécaire en chef de la collection des livres rares de l’Université, qui a aperçu les archives lors de la dernière édition du Salon du livre ancien de Montréal et qui en a fait l’acquisition.

Les documents achetés par la Division des livres rares et collections spécialisées de la Bibliothèque de l’Université retracent en quelque sorte la carrière politique de Jean Drapeau, maire de Montréal de 1954 à 1957 et de 1960 à 1986, et sont révélateurs de la personnalité de l’ancien maire, souligne M. Lyons.

En prévision d’Expo 67, raconte-t-il, la Ville avait fait produire et distribuer un peu partout dans le monde une revue dans le but de faire la promotion de Montréal. Le maire a reçu de nombreuses lettres de remerciements et les a toutes réunies dans un album qu’il avait relié en prenant soin de souligner les passages le félicitant pour son projet.

« Ça montre que c’était soit un accumulateur compulsif, soit un mégalomane », dit en riant Christopher Lyons.

La collection de documents permet aussi de suivre les grandes étapes de la carrière politique de Jean Drapeau, et c’est là son principal intérêt. Ainsi, on y retrouve l’intégralité des discours qu’il a prononcés entre 1955 et 1957, des clichés du premier anniversaire de la fondation du Parti civique (1961), des documents sur Expo 67 (le haut fait de sa carrière) de même que de nombreux documents qui rappellent sa période politique la plus difficile, soit le scandale des Jeux olympiques de 1976.

Rapport Malouf

Les JO, dont l’ancien maire est finalement sorti écorché, mèneront à la création de la commission Malouf, mandatée par le gouvernement de René Lévesque pour enquêter sur le coût des installations olympiques.

Jean Drapeau avait promis de répondre aux conclusions de ce rapport qui critiquait sévèrement son administration, mais il ne l’a jamais fait. Les archives obtenues par McGill jettent toutefois un peu de lumière sur la réponse qu’il souhaitait donner à la Commission, puisqu’on y retrouve son exemplaire personnel annoté du rapport Malouf.

« On voit clairement où il a accroché, les passages qu’il aurait utilisés pour préparer sa défense, dit Mathieu Lapointe, historien au Centre de recherches interdisciplinaires en études montréalaises (CRIEM). La collection obtenue par McGill, que ce soit le rapport ou les discours prononcés par l’ancien maire, est un outil intéressant pour étudier l’histoire politique du Québec. »

« C’est un peu comme communiquer avec les morts, renchérit M. Lyons. Il y a vraiment plusieurs indices sur ce qu’il en pensait. Être historien, c’est un peu comme être un enquêteur, on retrouve un peu d’indices par-ci, un peu d’indices par-là, et c’est vraiment emballant, parce que McGill sera peut-être en mesure d’en fournir quelques-uns afin de mieux comprendre le maire Drapeau. »

Les archives de Jean Drapeau peuvent être consultées en tout temps à la Division des livres rares et fonds spéciaux de la Bibliothèque de McGill.