La peur de l’avion (et de ses répercussions sur l’environnement)

On nous répète que les déplacements en avion sont néfastes pour la planète. Mais y a-t-il des cas où l’avion peut se comparer avantageusement aux autres moyens de transport du point de vue de l’empreinte environnementale?

Il y a quelques mois, Elena Bennett, professeure agrégée à l’École d’environnement et au Département des sciences des ressources naturelles de l’Université McGill, devait se rendre en Géorgie pour une réunion de la Resilience Alliance, un réseau international de recherche socioécologique.

Au lieu de prendre l’avion comme elle le ferait normalement, Mme Bennett et six étudiants se sont entassés dans une minifourgonnette et ont parcouru les quelque 2 000 km qui séparaient leur destination de l’Université, un périple documenté par le Bureau du développement durable de McGill dans une vidéo diffusée à l’occasion du lancement de sa campagne #BecauseIDidntFly.

Cette aventure de 20 heures est un guide vidéo sur le respect de l’environnement qui met en évidence l’importance que Mme Bennett accorde à la durabilité et la nécessité de réduire notre empreinte carbone.

Et pourtant, l’été dernier, la professeure Bennett et deux collègues de l’Université de Colombie-Britannique ont mentionné dans un article d’opinion publié en ligne quelques points dont il peut être bon de tenir compte avant de rejoindre le mouvement de stigmatisation du transport aérien qui prend rapidement de l’ampleur.

Le trio recommande d’être avisé, sélectif et mesuré au moment d’aborder cette question complexe.

L’une des principales conclusions de l’article peut en surprendre plus d’un : selon le kilométrage parcouru, l’avion peut se comparer avantageusement aux autres moyens de transport du point de vue de la consommation d’énergie fossile, dans certaines situations et conditions.

En fait, le mode de transport choisi peut être moins important que la distance parcourue.

 

Les longs vols sont plus efficients que les courts

La professeure Bennett admet volontiers qu’il ne s’agissait pas d’une étude scientifique en bonne et due forme et qu’aucune recherche inédite n’a été menée. Elle a néanmoins publié leurs observations initiales sur Twitter afin que des spécialistes de l’aviation et d’autres domaines donnent leur opinion et fournissent des données plus exactes qui nuanceraient ces observations.

L’équipe a confirmé que les vols de courte durée sont habituellement inefficients, tandis que les vols de longue durée peuvent être très efficients, surtout si l’avion est plein.

Bien entendu, en Europe, voyager en train est pratique et écologique. Le réseau est extrêmement bien développé dans la majeure partie du continent et les trains sont souvent à grande vitesse, ou du moins très rapides facilitant ainsi les déplacements d’un pays à l’autre, - et presque exclusivement électriques.

 

Le réseau ferroviaire nord-américain : encore du chemin à faire

Pour leur part, les trains nord-américains fonctionnent souvent au diesel, sont lents et circulent sur un réseau à la portée très limitée. Par exemple, le train Adirondack qui relie Montréal à la ville de New York met 11 heures pour parcourir 600 km, comparativement à 48 minutes pour le même trajet en avion. Par conséquent, il ne suscite aucun intérêt chez les cadres d’entreprise et les représentants commerciaux. En revanche, bon nombre de trains en Europe parcourent la même distance en deux heures ou moins, et ce, sans produire de pollution.

Ce qui fait dire à Mme Bennett que choisir ses moyens de transport de façon sélective, avisée et précise est essentiel.

« La plus petite quantité de gaz émis par les avions correspond à la plus grande quantité de gaz émis par les trains », précise-t-elle.

Le transport aérien n’est pas toujours aussi catastrophique, selon la chercheuse, qui ajoute que l’avion ne produit pas, par exemple, dix fois plus de gaz que les autres modes de déplacement.

Un vol de longue durée peut être plus écologique qu’un trajet en voiture ou en VUS gourmand en carburant.

 

Une question qui mérite réflexion

Elena Bennett affirme qu’elle ne pourrait pas imiter Greta Thunberg – la jeune militante écologiste suédoise qui est arrivée au sommet de l’ONU sur le climat en août dernier après avoir traversé l’Atlantique à bord d’un voilier solaire. Et c’est d’ailleurs le cas de la plupart des gens, ne serait-ce que pour des raisons de commodité.

Mais elle réfléchit sérieusement, et souvent, aux coûts environnementaux des voyages fréquents en avion.

« Récemment, j’ai lu un article du New York Timesqui portait sur l’incidence que nos émissions auront sur la capacité des générations futures à émettre du gaz carbonique. J’ai des enfants et j’ai vraiment pris conscience que, d’une certaine façon, chaque fois que je prends l’avion, je pige dans leurs émissions de carbone », confie-t-elle.

 

Détermination et discernement

Pour la plupart des gens, arrêter complètement de prendre l’avion n’est pas envisageable. Cela dit, selon la professeure Bennett, il existe des façons de compenser les effets négatifs. Par exemple, on peut manger moins de viande, ou ne plus en manger du tout. On peut aussi faire comme la chercheuse, et regrouper plusieurs voyages en un seul, ou encore utiliser davantage les technologies comme les vidéoconférences, une solution qu’elle a appliquée récemment pour faire une présentation à un congrès en Allemagne.

La professeure invite toutefois les gens à trouver un juste milieu et à être équitables. « Lors de la marche pour le climat à Montréal, j’ai vu une affiche sur laquelle était écrit “Si vous avez la bouche pleine de viande, vous n’avez pas votre mot à dire sur les changements climatiques”. Je suis en désaccord avec ce genre de propos qui ne mène nulle part. Nous ne devons pas rompre le dialogue, mais plutôt l’encourager, avec tout le monde. Nous pouvons tous nous exprimer sur la réduction de notre incidence sur le climat. »

« Nous devons être plus déterminés, mais aussi plus avisés dans notre recherche sur ce qui fonctionne pour nous tous. Et dans le milieu universitaire, nous devons trouver des moyens astucieux de faire les choses différemment. »

« Mon intérêt personnel à long terme est de laisser une planète plus habitable à mes enfants. »