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Les conflits en ligne pourraient renforcer les mouvements sociaux plutôt que les affaiblir

Une étude de l’Université McGill sur les grèves mondiales pour le climat de 2019 montre que des personnes qui ne se connaissent pas peuvent se trouver des points communs et se mobiliser
A person speaks into a megaphone, fist raised, with a crowd of climate protestors behind them
Publié: 12 August 2026

Les conflits en ligne auraient davantage tendance à faire progresser les mouvements sociaux qu’à les affaiblir. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude menée à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill

« Quiconque a déjà vu un débat en ligne s’envenimer pourrait croire que les désaccords nuisent à l’action collective, explique Emmanuelle Vaast, professeure en systèmes d’information et autrice en chef de l’étude. Nos travaux montrent plutôt le contraire : les mécanismes des médias sociaux qui alimentent les conflits permettraient aussi à des millions de personnes qui ne se connaissent pas de constater qu’elles ont des atomes crochus, et d’agir ensemble. C’est ce qui explique que la grève scolaire d’une seule adolescente ait pu devenir, en quelques mois, une mobilisation mondiale. » 

L’étude a été réalisée en collaboration avec des chercheurs de l’Université Northeastern et de l’Université du Massachusetts.  

L’équipe a analysé l’activité sur les médias sociaux liée à la plus grande mobilisation climatique de l’histoire : les grèves mondiales pour le climat de 2019, lancées par la militante suédoise Greta Thunberg. Elle cherchait à comprendre comment des causes distinctes, comme l’opposition aux pipelines ou la protection des papillons monarques et des loups, se sont fondues en un seul « mouvement de mouvements » mondial. Elle a constaté que ce processus se déroulait en trois étapes : l’exposition (les personnes derrière un mouvement découvraient les causes des autres), l’enchevêtrement (les échanges devenaient plus complexes et plus conflictuels) et la fusion (les participants se ralliaient à des objectifs communs et passaient à l’action ensemble).  

« Les conflits n’ont pas affaibli le mouvement, précise Emmanuelle Vaast. La coopération et les désaccords ont évolué en parallèle, comme les deux brins d’une double hélice. Les débats ont contribué à l’émergence d’un programme d’action commun. » 

L’équipe souligne que les recherches précédentes avaient surtout porté sur des mouvements isolés, et les conflits en ligne étaient vus comme des obstacles à l’action collective. 

Analyse de près de deux millions de gazouillis 

L’équipe a utilisé des méthodes informatisées d’analyse de textes pour examiner environ 1,9 million de messages publiés sur Twitter entre avril et septembre 2019. Selon Emmanuelle Vaast, la combinaison de deux procédés, l’analyse des réseaux sémantiques et le traitement automatique du langage naturel, a permis à l’équipe d’observer la dynamique des mouvements sociaux à une échelle sans précédent et de dégager des tendances qui seraient peut-être passées inaperçues avec d’autres méthodes, comme les entrevues ou les études de cas. 

Bien que les plateformes de médias sociaux soient passées, depuis 2019, de fils d’actualité essentiellement chronologiques à des fils alimentés par des algorithmes de recommandation conçus pour retenir l’attention des utilisateurs, l’équipe estime que cette évolution ne freine pas nécessairement la création de mouvements sociaux. 

« Les algorithmes de recommandation peuvent même accélérer la découverte, indique l’autrice en chef. Par exemple, TikTok présente des causes [sociales] à des personnes qui ne les auraient jamais cherchées. Il est donc toujours possible de se mobiliser grâce aux médias sociaux, mais les mécanismes en jeu aujourd’hui sont moins transparents. 

C’est précisément pour cette raison que le contexte de 2019 mérite d’être étudié : il sert de point de référence pour comprendre les effets des algorithmes d’aujourd’hui. »  

L’étude 

L’article « Entangling and Coalescing on Social Media: A Study of Issue Boundary Spanning in Movement of Movements », par Carol Lee (Université Northeastern), Pratyush Bharati (Université du Massachusetts) et Emmanuelle Vaast (Université McGill), a été publié dans la revue Information Systems Journal. 

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