Les jeunes Canadiens écoanxieux seraient plus susceptibles d’appuyer les tactiques perturbatrices des militants environnementaux
La tolérance des Canadiennes et des Canadiens à l’égard d’actes d’activisme environnemental plus radicaux varie en fonction de plusieurs facteurs. Toutefois, dans l’ensemble, la population canadienne n’appuie ni le vandalisme ni la violence comme formes de contestation. C’est ce que révèle une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’Université McGill et de l’Université Laval.
« Il y a une ligne rouge très nette : les gens acceptent les gestes pacifiques, hésitent devant les perturbations, mais rejettent presque unanimement la destruction et la violence comme forme de contestation politique. Même les personnes qui expriment une grande inquiétude au sujet des changements climatiques ne dépassent pas cette ligne rouge », explique Alexis Bibeau-Gagnon, chercheur postdoctoral au Département de science politique de l’Université McGill et auteur principal de l’étude.
L’équipe de recherche a analysé les résultats d’un sondage réalisé pendant l’été 2022 auprès de 1 500 Canadiens.
Les résultats révèlent que plus une personne est jeune (moins de 33 ans), est préoccupée par la situation climatique et considère que les gouvernements ou les grandes entreprises (plutôt que les individus) sont à blâmer pour les changements climatiques, plus elle tolère des actions perturbatrices en matière de contestation environnementale. Toutefois, le seuil de tolérance, même au sein de ces groupes, ne dépasse pas la ligne de la violence.
Les participants au sondage devaient indiquer leur niveau de soutien à une variété d’actes d’activisme écologique d’un radicalisme croissant, allant de la signature d’une pétition à la violence contre des personnes en situation de pouvoir, en passant par des actes comme le désinvestissement, le blocage d’une route ou d’un pont, ou le vandalisme.
Les répondants devaient aussi indiquer quel(s) groupe(s) – individus, gouvernements ou grandes entreprises – ils considéraient comme davantage responsables des changements climatiques, ainsi que leur niveau de préoccupation à l’égard de la situation climatique.
« Cela explique pourquoi les franges radicales du mouvement climatique peinent à convaincre la population, même si l’inquiétude face aux changements climatiques augmente », soutient Alexis Bibeau-Gagnon. « Tout ça révèle une tension, que l’on considère comme fondamentale en démocratie, entre l’urgence d’agir face aux changements climatiques et les contraintes imposées par le public, qui ne soutient pas des méthodes plus radicales. »
Le sondage, commandé par l’Observatoire de recherche en économie verte et la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques de l’Université Laval, a été réalisé par la firme Synopsis.
Alexis Bibeau-Gagnon, dont les travaux de recherche portent de manière générale sur la contestation politique radicale (émeutes, perturbation, etc.) dans les sociétés démocratiques, prévoit continuer d’explorer le sujet de la contestation au sein du mouvement écologique dans un projet futur.
L’étude
L’article « Who Endorses Environmental Activism? Understanding Public Tolerance for Radical Environmental Action in Canada », par Alexis Bibeau-Gagnon, Alexandre Pelletier, Hubert Cadieux et Yannick Dufresne, a été publié dans le (la) Canadian Journal of Political Science/Revue canadienne de science politique.
