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Les déplacements des Montréalais peu influencés par les alertes de qualité de l’air

Les autorités gagneraient à mettre en place des mesures incitatives pour favoriser le respect des avis
A person in exercise clothes looks out at the hazy city horizon from the top of Mount Royal
Publié: 21 October 2026

Pendant les pires épisodes de fumée de feux de forêt qu’a connus le pays, Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) a exhorté les Montréalaises et Montréalais à limiter leurs activités extérieures. Or, selon une nouvelle étude de l’Université McGill, leurs habitudes de déplacement ont beaucoup moins changé que les responsables de la santé publique auraient pu l’espérer.

Entre 2022 et 2025, des membres du Platial Analysis Lab de l’Université ont étudié les déplacements pendant 27 jours où des alertes de qualité de l’air étaient en vigueur à Montréal. Ils ont constaté que, ces jours-là, le nombre de déplacements à vélo en libre-service BIXI a diminué de 5,8 %, tandis que l’achalandage a augmenté de 6,7 % dans les autobus, et de 4,7 % dans le métro.

« Comme le préconisaient les avis, les gens ont davantage opté pour des modes de transport “fermés”, mais dans une faible mesure seulement », rapporte Daniel Romm, coauteur de l’étude et doctorant au Département de géographie.

L’équipe souligne également l’absence de changement statistiquement significatif de la pratique de l’activité contre laquelle les autorités mettaient principalement en garde : la course à pied. Les scientifiques sont arrivés à cette conclusion en s’appuyant sur les données de l’application de course Strava, mais précisent que les limites du jeu de données ont pu influencer les résultats.

« L’exposition à la fumée des feux de forêt pose de graves risques pour la santé et, comme la fréquence des feux augmente, la fumée compte parmi les risques les plus coûteux et dangereux liés aux changements climatiques, indique Daniel Romm. Il faut redoubler les efforts de sensibilisation aux dangers de l’exposition à la fumée, d’autant plus que Montréal et les autres villes canadiennes risquent de vivre de nombreux autres épisodes de fumée. »

Des écarts entre arrondissements

L’équipe de recherche a constaté que les plus fortes baisses de l’utilisation des vélos en libre-service ne se sont pas produites au centre-ville, mais dans les arrondissements périphériques.

Pour le métro, c’est plutôt l’inverse : la plupart des stations ont connu une augmentation de l’achalandage. Or, tandis que la fréquentation de la station Université-de-Montréal (arrondissement périphérique) a augmenté de 24,8 %, celle de la station Place-d’Armes (centre-ville) a diminué de 6,2 %.

Pour expliquer cette différence, l’équipe avance que les membres du personnel et de la population étudiante qui se rendent normalement sur le campus à vélo auraient opté pour le transport collectif, et que certains déplacements vers le centre-ville auraient été annulés.

Quatre sources de données

Pour mener sa recherche, l’équipe s’est appuyée sur quatre sources de données sur la mobilité, ainsi que sur les bulletins sur la qualité de l’air fournis par ECCC.

Plutôt que de comparer le nombre de déplacements quotidiens les jours où des avis étaient en vigueur avec les données enregistrées les jours où il n’y en avait pas, l’équipe a créé un modèle prévisionnel pour chaque mode de transport permettant d’estimer le nombre de déplacements qui auraient eu lieu s’il n’y avait pas eu d’avis. Le modèle tient compte des conditions météorologiques, du jour de la semaine, de la saison, des jours fériés et des grands événements. Les scientifiques ont ensuite comparé les estimations avec les données réelles pour évaluer l’effet des avertissements.

Vers des mesures incitatives?

Selon Daniel Romm, ces résultats ouvrent la voie à l’élaboration de stratégies concrètes.

« Il faudrait peut-être assortir les avis de mesures qui faciliteraient le respect des consignes, comme réduire les tarifs du transport collectif ou encourager le télétravail pendant les épisodes de fumée. »

L’équipe compte mener des analyses semblables pour d’autres villes, puis comparer les résultats.

L’étude

L’article « Urban Mobility Responses to Wildfire Smoke-Related Air Quality Advisories in Montréal, Canada », par Daniel Romm, Priyanka Verma, Dan Qiang, Farzaneh Sadeghi, Jenny Zhu, Mackenzie Johnston et Grant McKenzie, a été publié dans Health & Place.

Cette recherche repose sur des données fournies par Environnement et Changement climatique Canada, la Société de transport de Montréal, BIXI et le Réseau de surveillance de la qualité de l’air de Montréal.

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