Des données sur les écureuils de Montréal révèlent l’influence du milieu urbain sur l’évolution des espèces
En comparant les couleurs du pelage des écureuils gris de l’Est (Sciurus carolinensis) dans les parcs de la ville de Montréal, une équipe de recherche a constaté que les conditions hyperlocales semblent jouer un rôle plus important qu’on ne le pensait dans la détermination des caractéristiques de la faune.
Malgré son nom, l’écureuil gris de l’Est a parfois un pelage noir. L’équipe a constaté que la couleur du pelage des écureuils de la région montréalaise serait déterminée non seulement par l’urbanisation, mais aussi par des facteurs comme le couvert forestier et la présence du fleuve Saint-Laurent et de ses affluents. Ces cours d’eau peuvent limiter les déplacements et entraîner la formation de populations distinctes.
« Pendant mon premier été à l’Université McGill, j’ai profité de mon temps libre pour parcourir à vélo près de 200 parcs montréalais et observer plus de 800 écureuils, certains gris et d’autres noirs », raconte Francis Quang-Hai Dinh, auteur principal de l’étude, qui étudiait au premier cycle lorsqu’il a recueilli ces données sur les écureuils. Les chercheurs ont également utilisé des données provenant de relevés effectués dans les parcs et d’observations faites par des membres de la population montréalaise.
Les écureuils les plus fréquemment observés à Montréal ont le pelage gris. Les chercheurs ont toutefois constaté que, même si le pelage gris prédominait partout, la proportion d’écureuils noirs (mélaniques) était la plus élevée dans les secteurs où les températures hivernales sont plus basses et le couvert forestier, plus dense. Leur pelage foncé, qui retient davantage la chaleur, pourrait leur procurer un avantage biologique par temps froid. Contrairement aux tendances observées dans de nombreuses villes, les écureuils noirs étaient généralement moins présents dans les secteurs plus urbanisés de Montréal. Selon l’équipe de recherche, ce constat devra faire l’objet d’études plus poussées.
Les résultats indiquent que la faune pourrait réagir aux conditions environnementales à une échelle très locale. Selon les chercheurs, les villes ne constitueraient donc pas des habitats uniformes, mais plutôt des paysages complexes. Les différences entre les quartiers, ainsi que des caractéristiques géographiques comme les cours d’eau, pourraient influer sur l’adaptation et l’évolution des animaux au fil du temps.
« On considère souvent les villes comme un milieu homogène, mais nos résultats montrent que les conditions auxquelles les animaux sont exposés peuvent varier considérablement d’un quartier à l’autre », explique Allison Roth, autrice en chef de l’étude. Au moment de la collecte des données, elle était boursière postdoctorale du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie au Département de biologie de l’Université McGill. Elle est maintenant professeure adjointe à l’Université du Missouri. « Ces différences locales, de même que des obstacles comme les cours d’eau, peuvent influer sur l’évolution des populations animales. Pour comprendre l’adaptation en milieu urbain, il faut donc aller au-delà des simples comparaisons entre milieux urbains et ruraux. »
Cette étude vient d’ailleurs d’être incluse dans un dossier spécial publié par cinq revues d'écologie, qui porte sur la façon dont des chercheurs utilisent de vastes ensembles de données en libre accès et des approches collaboratives afin d’aborder les grandes questions écologiques.
« Ce projet montre vraiment comment les découvertes peuvent être accessibles et qu’on peut faire de la science dans sa propre cour », conclut Francis Quang-Hai Dinh.
L’étude
« Fine-scale spatial variation in eastern grey squirrel melanism across a complex urban landscape », par Francis Quang-Hai Dinh, Isabella C. Richmond, Andrew P. Hendry et Allison M. Roth, a été publié dans Journal of Animal Ecology.